Sur la Toile, pas de bousculade ni de racket comme dans une cour d'école, mais des rumeurs, des calomnies et des insultes, des photos et vidéos intimes, mises en ligne sans l'accord des intéressés. Un phénomène inquiète aujourd'hui experts, enseignants et familles en France : la place prise par le "cyber-harcèlement". Difficile, parfois, de distinguer ce qui relève du jeu entre adolescents, sur les réseaux sociaux, et ce qui va au-delà. "Les harceleurs ont leurs méthodes, explique Justine Atlan, directrice de l'association e-Enfance. Ils peuvent aller sur un profil, et l'inonder de commentaires insultants. Ou inventer un profil, et y poster des commentaires pour faire passer une camarade pour aguicheuse, un camarade pour agressif. Certains sont capables de pirater les comptes d'un ou d'une "ex"..."
"On ne peut pas affirmer que la violence est plus grande sur Internet, car les évaluations sont en cours, affirme Catherine Blaya, professeure en sciences de l'éducation et spécialiste du cyber-harcèlement, mais il faut bien reconnaître que le Web a un effet désinhibiteur, et que les effets de dissémination sont plus importants quand, en un clic, toute la communauté peut être alertée, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7." Jean-Pierre Bellon, professeur de philosophie et président de l'Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves, dresse un constat peu différent : "Il est plus simple de passer à l'acte quand on ne voit pas sa victime, et la trace laissée sur la Toile est... tenace."
L'association e-Enfance a signé avec le ministère de l'éducation nationale, le 6 juin 2011, une convention pour lutter contre le cyber-harcèlement, notamment en alertant Facebook. "Il ne s'agit pas de stigmatiser les jeunes, mais de les sensibiliser aux conséquences de leurs actes, insiste Mme Atlan, directrice d'e-Enfance, d'autant que 60 % des harceleurs se disent eux-mêmes harcelés."
Facebook, de son côté, met en avant ses "outils de signalement". "Ils sont à disposition de chaque utilisateur sur pratiquement chaque page, explique Anne-Sophie Bodry, directrice des affaires publiques du réseau social pour la France et l'Europe du Sud. Un outil s'adresse spécifiquement aux mineurs, les engageant, lors d'un signalement, à prévenir l'adulte ou l'ami de leur choix."
Est-ce suffisant ? "Prétendre contrôler l'usage que fait un adolescent des réseaux sociaux est un peu illusoire", répond Olivier Rafal, expert en réseaux sociaux. Un compte bloqué ? Pas difficile d'en rouvrir un. Un filtre parental ? Encore faut-il que les jeunes se connectent depuis l'ordinateur familial. "Les opérateurs peuvent surveiller les contenus, c'est techniquement possible, note M. Rafal, mais cela soulève des problèmes d'ordre éthique. La seule vraie solution passe par l'éducation."
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